Au moins 70% des policiers montrent des signes de « Police Trauma Syndrome », certains même sans avoir vécu un véritable incident critique.
Simplement, les effets cumulatifs du stress les ont atteints sur le plan physique et psychologique.

Il en résulte de graves dysfonctionnements au travail, des relations brisées, une santé ruinée et même le suicide.

Malgré la conscience toujours plus grande du fait que les policiers sont exposés à des blessures émotionnelles, le fonctionnement de l’administration contribue à empirer les choses en traitant son personnel avec un important manque de sensibilité.

Les policiers qui ont besoin d’aide ne la cherchent pas auprès d’elle parce qu’ils perçoivent que la culture policière ne cautionne pas cela.

Avec cette phrase qui fait réfléchir, « le travail de policiers peut vous tuer même si personne ne tire de balles dans votre direction », la psychologue B. Anderson a donné le coup d’envoi d’une conférence de 3 jours à Washington, sur le stress dû à un incident critique.

Le Dr Anderson est présidente d’une Académie de Psychologie Policière, une organisation de recherches et de formations qui se consacre à la prévention et au traitement du stress et des traumatismes chez les policiers.

Le Dr Anderson explique que le travail de police présente des similitudes avec les situations de guerre, en particulier en tant que producteur de traumatismes psychologiques.

Alors que les soldats passent en principe des semaines ou des mois en zones de combat, les policiers eux peuvent y passer 20 ans.

 

On ne s’habitue pas au combat.

Les policiers peuvent dire qu’ils s’y habituent, mais une charge s’installe sur leurs esprits et sur leurs corps, qu’ils le reconnaissent ou non.
Et lorsqu’ils rentrent du travail, ils apportent à leur famille des échos de violence.

La recherche dans les domaines du combat, montre que votre risque de mauvaise santé mentale augmente proportionnellement à votre exposition aux risques de mort ou de blessure physique, aux insultes, et à la mort violente de personnes qui comptent pour vous.

Le risque de faire l’expérience d’incidents critiques, d’événements majeurs, particulièrement traumatisants commence à être bien connu dans le milieu policier.
Mais ce qui n’a pas encore suffisamment pris en compte est l’effet cumulatif de l’exposition à ce type d’expériences négatives, ajoutées aux “stresseurs” quotidiens du travail.

Ces stress courants incluent :

La fatigue. (A côté de la simple fatigue, il y a la « fatigue de compassion » ou « traumatisassions secondaire » qu’entraîne le contact avec les victimes. Il y a également l’agacement ou la rage que vous pouvez ressentir face aux gens à qui vous avez affaire.)

Les montées d’adrénaline à répétition, ou même en continu.

La résolution de problèmes permanente à laquelle vous devez vous livrer durant votre service.

Le sentiment d’être responsable des gens.

L’imprévisibilité envahissante. (Nous sommes des créatures d’habitudes nous aimons instinctivement ce qui est prévisible. Dans le travail de police, vous ne savez jamais exactement ce qui peut se produire.)

L’hypervigilance.

La frustration.

Le dégout.

La nervosité liée à l’obligation d’exemplarité. (Contrairement à la plupart des gens, ce que vous faite de manière routinière jour après jour peut se terminer au tribunal.)

Les horaires de travail. (Nous ne sommes pas nocturnes par nature. L’être humain est fait pour travailler le jour et dormir la nuit, son corps ne s’adapte jamais complètement au fait de travailler la nuit ou en décalé. Pour contrer l’inclination naturelle du corps à baisser son activité le soir, on augmente les contraintes sur l’organisme. Et plus on fait peser de stress sur un organisme, plus il a de chances de se détériorer.)

Les souvenirs intrusifs. (Il est souvent difficile de se retrouver de nouveau dans un lieu ou de parcourir une rue dans laquelle vous avez vécu une intervention de police particulièrement difficile.)

A côté de ce qui est vécu sur le terrain, il y a ce qui est vécu dans le Corps. La « deuxième blessure » est ce que les autorités et les institutions de contrôle rajoutent aux problèmes.
Très souvent, les autorités recherchent ce que les policiers font de mal, et dans ce cas les réactions sont rapides.
Il n’y a aucun doute sur le fait que cela ajoute aux blessures.

Tout cela a un effet sur votre corps et votre esprit.

En huit secondes, une montée de stress a un impact sur votre cerveau, votre glande hypophyse, votre foie, votre pancréas, vos vaisseaux sanguins, votre pression artérielle, vos yeux, muscles, cœur, système digestif, cholestérol, taux de sucre, équilibre hormonal, etc.

Les êtres humains ne sont pas des créatures faites pour la souffrance. On recherche le plaisir, non la douleur. Donc le côté contre nature d’un métier qui vous expose continuellement à la souffrance (celle des autres, et la vôtre) finit inévitablement par avoir un impact.
Un stress continu sur plusieurs années parsemées d’événements catastrophiques, mène toujours à des effets délétères.

La forme d’adaptation courante de la part des policiers est « l’insensibilité ».

Jusqu’à un certain point, cela peut être nécessaire et protecteur dans ce métier car si les policiers montraient de l’émotion pour chaque situation difficile, ils ne pourraient pas travailler correctement.

Mais il n’est pas possible de se couper de ses émotions seulement au travail. Le cerveau ne fonctionne pas ainsi. L’insensibilité se ramène donc à la maison et rapidement, elle s’étend à tous les événements que l’on vit. A la maison, on porte alors le masque du policier. Certaines épouses de policiers l’appellent « yeux morts ».

Si vous vous trouvez avec des amis civils, vous apprenez à ne pas parler de votre travail, parce que vous auriez à supporter leurs commentaires ridicules de personnes qui n’y connaissent rien.

Parmi les autres policiers, il y a souvent une « conspiration du silence » autour des émotions liées au travail, à part le fait de se plaindre et d’exprimer sa colère.

En l’absence d’une forme constructive de débriefing où les parties inquiétantes du travail peuvent être reconnues, ventilées et discutées, les policiers ont tendance à enfouir leurs sentiments. Et pour les garder bien enfouis, ils peuvent faire usage de diversions telles que l’alcool, la prise de risque ou les dépenses compulsives, la boulimie, la consommation de sexe, l’infidélité et autres comportements « apaisants » mais destructeurs.

Les policiers baissent rarement leur garde émotionnelle en la présence d’autres, de telle sorte que les gens autour d’eux ne peuvent pas savoir ce qui se passe à l’intérieur.

Typiquement, les relations en souffrent et le policier développe un regard sur les gens et sur la vie qui devient atypique.

Dr Anderson cite un policier:

« Les choses dont je ne parle pas sont mes réels sentiments intérieurs. J’ai enfoui toute ma peur. J’ai enfoui toute ma tristesse.
Ensuite, j’ai commencé à enfouir toute ma gaieté et j’ai perdu complètement mon émotivité.
En ne les montrant pas, j’ai fini par ne plus les ressentir.
Confronté au mal quotidiennement, j’ai commencé à douter de l’existence de la vérité, de l’honnêteté et de la bonté.
En fin de compte, il n’avait plus rien de positif en quoi je puisse croire.
J’ai perdu ma famille.
J’ai perdu mes vieux amis.
Et je me suis perdu moi-même, j’ai perdu mon humanité.”

SUICIDE : l’extension ultime du « Police Trauma Syndrome« .

Sur son chemin figurent le divorce, l’alcoolisme, les maladies cardiaques, le cancer, le diabète, la dépression. (La fréquence en milieu policier, de toutes ces pathologies est alarmante.)

Le Police Trauma Syndrome peut être décrit comme un trouble psychobiologique se développant dans le temps en relation avec une exposition prolongée et cumulative au stress.

Le policier touché fait l’expérience de symptômes physiques, cognitifs et émotionnels qui sont directement liés à la profession qu’il exerce.

La psychologie Policière traditionnelle a tendance à « pathologiser » les policiers qui vivent des problèmes psychologiques en les considérant comme malades.
Or, le Police Trauma Syndrome, n’est pas une maladie.
C’est une réaction aux événements, une adaptation dans laquelle le policier tente de retrouver un équilibre. Il est à la fois possible de le prévenir et de le résoudre.

Avant même que les policiers ne se rendent sur le terrain, ils devraient être informés des risques émotionnels et des symptômes de ce trouble.
L’inoculation du stress peut avoir un sérieux effet préventif en soi.

Une fois en service, les policiers devraient avoir un accès sans conséquences à des professionnels qui peuvent les débriefer des expériences qu’ils vivent dans la rue de manière constructive et sans jugement.
Après un événement particulièrement important tel qu’une fusillade, ces débriefings devraient être obligatoires.
Personne, même en très bonne santé et bien entraîné, n’est complètement à l’abri de réactions après un incident critique. Le fait de rendre les débriefings obligatoire élimine le risque de stigmatisation de ceux qui demandent de l’aide.

En plus d’équipes de collègues entraînés, les policiers devraient aussi avoir accès à un professionnel qui: est indépendant de la hiérarchie mais est familier du métier, est formé et ayant de l’expérience dans le domaine du traumatisme (le police trauma syndrome est souvent mal diagnostiqué dans le monde des soins, ce qui va stigmatiser le policier et entraver le processus de récupération).

Pour permettre une bonne récupération, vous devez raconter votre histoire et ressentir les émotions. Mais vous devez également bénéficier d’un but et de techniques et méthodes qui vous permettent d’atteindre ce but.

Un changement dans le style de management peut aussi avoir un effet positif dans le sens d’une réduction du stress. Vous avez besoin d’un management qui passe au moins autant de temps au sujet des bonnes choses que vous avez réalisées qu’au sujet de ce que vous avez mal fait.

Malheureusement, malgré la nécessité démontrée de procéder autrement, la plupart des Services persistent à fonctionner selon une philosophie centrée sur la faute.

(Sources : Calibre Presse Street Survival)